Rencontre avec la mezzo-soprano Béatrice Uria-Monzon

Les Saisons de la Voix : Bonjour Béatrice-Uria Monzon et merci de nous accorder cette rencontre. Vous comptez parmi les plus grandes mezzos françaises, notamment pour le rôle de Carmen dont vous êtes l’interprète la plus renommée aujourd’hui. Que représente le répertoire de la mélodie française pour vous ? Est-ce un registre que vous affectionnez ?
B.U.M : Contrairement à l’opéra où nous jouons un rôle, les chanteurs sont mis à nus et doivent embellir les mots et la musique à l’état brut. C’est un exercice complexe mais magnifique, car il nous transporte au sommet des émotions !
Malgré le fait que je me suis plus tournée vers l’opéra, je suis attachée à ce répertoire. Mes origines m’ont conduites à chanter du répertoire français et espagnol depuis plusieurs années.  En revanche, n’étant pas germanique, j’ai développé une petite réticence à chanter le répertoire du lied, bien qu’il y aurait de nombreuses pièces pour ma voix.

L.S.V : Le week-end prochain, vous présiderez la quatorzième édition du Concours international de la mélodie de Gordes. En quoi consiste ce statut au sein d’un concours de chant ?  
B.U.M : Lors de la délibération, si un choix s’avère difficile sur un(e) candidat(e), nous avons le droit de trancher en appliquant un double vote.
 
L.S.V :  Du côté des candidats, avez-vous des attentes particulières de la part des jeunes candidats ? Recherchez-vous des paramètres spécifiques dans l’interprétation de ce registre ?
B.U.M : Non, je n’en ai pas, si ce n’est que d’être surprise sur le plan émotif ! Il ne s’agit pas de suivre mécaniquement la musique, mais de la décortiquer et de la savourer en s’imprégnant de chaque mot et chaque note. De ce fait, je vais peut-être avoir une préférence pour une interprétation qui manquera un peu de technique vocale, mais qui dégagera une réelle personnalité musicale plutôt que l’inverse.
Ce qui me chagrine souvent de nos jours, c’est de recevoir de jeunes chanteurs qui démontrent un très bon potentiel vocal mais qui hélas, ne racontent rien… et pour un registre exigeant comme celui de la mélodie, cela ne fonctionne pas. C’est comme une peinture sans couleurs…! Par conséquent, il faut que les chanteu(ses)rs soient avant tout connecté(e)s à eux-mêmes ainsi qu’à la musique et qu’ils aient envie de nous offrir quelque chose. D’ailleurs, c’est le but de notre métier : être au service de l’œuvre.

L.S.V : Pour finir, quels sont vos prochains projets artistiques ?
B.U.M : Dès le mois de septembre, je serai en répétitions pour Rusalka au Capitole de Toulouse que nous présenterons en octobre. Puis du 31 octobre au 6 novembre, je dirigerai un stage de chant aux côtés de Nathalie Steinberg à l’Abbaye de Sylvanès. Et en décembre, je jouerai la Reine Gertrude dans Hamlet d’Ambroise Thomas à l’Opéra d’Oviedo et que nous reprendrons à l’Opéra Royal de Wallonie-Liège en février/mars 2023.
 

Propos recueillis par Marjorie Cabrol

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